
Le Boucher bohême
Votre première boucherie à Asnières ...
Dans une petite rue, un peu perdue.
J'avais acheté la boucherie de mon patron.
J'y suis resté une dizaine d'années.
Puis vous vous êtes installé ici ...
Cette boucherie était fermée et malgré
la possibilité de l'acheter au tribunal de commerce
à un prix plus que raisonnable, les banques
ne voulaient pas s'engager pour un commerce
de boucheriequi avait fait faillite.
Ce sont des clientes, elles étaient quatre,
qui m'ont prêté la somme nécessaire en
me recommandant de ne surtout pas en
parler à leurs époux.
Ici, i'ai eu plus de place, j'ai fait quelques travaux
et j'ai améliore ma façon de travailler.
je suis allé faire le tour des éleveurs,
j'ai peaufiné mes maturations ...
Votre clientèle ?
Une très belle histoire me lie à mes clients.
Il y a trois ans, à la suite d'un gros problème de santé,
mes associés (des fonds d'investissement)
m'ont mis à la rue puis se sont appropriés
la boucherie. Je me suis retrouvé démuni de tout,
je n'avais plus de travail, plus de maison ...
J'ai alors loué un petit camion magasin
et je faisais les marchés en Bretagne pour survivre,
alors que la boucherie ici, était toujours exploitée
sous mon nom et sous l'enseigne Le Couteau d'Argent.
Mes clients se sont constitués en association
pour défendre mes intérêts. Ils ont fait intervenir
vingt-quatre avocats !
Une belle solidarité ... Jacques Gentric, qui fut l'artisan
de cette association et qui a fédéré les avocats,
s'est un jour retrouvé face aux actionnaires des fonds d'investissement.
Ils lui ont demandé pourquoi il agissait ainsi et où était son intérêt.
Il leur a répondu : « Yves-Marie fait les meilleures côtes de boeuf de Paris ».
C'était génial, cette confrontation entre deux parties,
l'une animée par des enjeux financiers purs et durs,
l'autre animée par le simple désir de retrouver le boucher
qui fait les meilleures côtes de boeuf.
Parlez-nous de votre métier ...
À force de vouloir concurrencer les grandes surfaces,
trop de bouchers se fournissent en viande de mauvaise qualité.
Je reste persuadé qu'ils ne réussiront jamais à concurrencer
les réseaux de grande distribution, lesquels ont formaté
l'élevage en Europe. Les grandes surfaces
représentent 85% du marché.Et en vendant la
même marchandise ou à peu de différences près,
les bouchers ne se démarquent pas suffisamment
pour attirer la clientèle des supermarchés.
Que doivent-ils faire?
Imposer leur savoir-faire, aller au devant des éleveurs,
entretenir avec eux des relations basées sur la qualité
de la viande. S'ils n'adoptent pas cette démarche,
il y a tout un pan de notre métier qui va disparaître.
Les clients n'auront alors que la viande
de bêtes élevées industriellement..
Et les yeux pour pleurer.
La viande de qualité demeure chère pour le Français moyen ... 
Il est préférable de manger une bonne viande
une fois par semaine qu'une viande médiocre tous les jours.
Vous avez une communication assez choc...
Vous trouvez ?
Vous posez, presque nu ...
Ce sont des photos prises pour un calendrier marrant
que je destinais à ma clientèle. Les photos ont été prises
par une amie photographe, Martine Murat.
Nous avons beaucoup ri.
Vous ne véhiculez pas l'image traditionnelle d'un boucher ...
Justement, j'aimerais tellement changer cette image !
Trop austère, un peu ridicule et dépassée.
Notre métier n'attire pas les jeunes, nous ne
trouvons plus de main-d'oeuvre.
C'est pour ça que ie communique.
Un peu parce que je suis mégalo et beaucoup parce
que je voudrais que mon métier suive le pas des autres métiers
de bouche. Regardez les jeunes pâtissiers ...
Tout le monde en parle !
Oui, mais vous, avec vos carcasses, que voulez-vous faire ?
Mais je fais plein de choses avec mes carcasses !
Je joue avec les textures de viande, je propose
des easy-snackings, le french kilt, le millefeuille de wagyu...
Des petites compositions amusantes et faciles à cuisiner,
à snacker ou à poêler... Je propose également une
côte de boeuf portion, prélevée dans le plat de côtes
(morceau dédié au pot-au-feu) qui présente quelques centimètres
d'une viande tendre.
Lété dernier, Ouest-France a écrit un article sur moi,
de nombreux jeunes bouchers m'ont téléphoné, je les ai reçus,
ils viennent de partout. je viens d'être sollicité par
Canal + pour la réalisation d'un documentaire sur les
grandes filières de viande du monde. Nous irons visiter
des élevages au Brésil, en Inde ... Mon métier est passionnant.
Si je réussis à communiquer ma passion aux jeunes,
je réaliserais mon plus beau rêve.
Estimez-vous que votre viande est la meilleure du monde ?
Je promets un moment inoubliable ...
Sans inquiétude ?
Sans inquiétude.
N°218 - Avril 2010 - Thuriès Gastronomie Magazine 55
Contact
- Forum - Faire un lien - Espace pro - ![]()
Mentions légales - Conception du site : Eric Nieulat - Plan du site